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Vaccination

Les cas de Covid augmentent en Israël malgré une forte couverture vaccinale… Qu’en penser ?


Israël affiche un des taux de vaccination les plus élevés au monde, avec quelques 78 % de sa population de plus de 12 ans ayant reçu ses deux injections.

Si bien que beaucoup sont surpris que la Covid y fasse un retour en force, depuis la levée des restrictions sanitaires en juin dernier.

À titre de comparaison, le taux de vaccination actuel dans le pays est similaire à celui envisagé par l’Australie dans son plan d’assouplissement des restrictions – qui devrait prendre place lorsque 70 % des plus de 16 ans seront complètement vaccinés. (en France, plus de 70 % de la population a reçu au moins une dose ; près de 62 % est complètement vacciné au moment de la publication de cet article, ndlr)




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Pourquoi une telle explosion des cas en Israël ? Quelles informations peut-on tirer de cet état de fait, en particulier pour des villes comme Sidney qui était en train de sortir de la pandémie ?

Disséquons la situation.

Avec le variant Delta, l’immunité collective est beaucoup plus difficile à atteindre

Près d’un quart de la population israélienne est âgée de moins de 12 ans, si bien que le taux de vaccination total de la population n’est que de 60 % (en comptant la très faible proportion d’enfants de moins de 12 ans vaccinés du fait de vulnérabilités médicales spécifiques).

Même en tenant compte du déploiement du vaccin du laboratoire Pfizer, ce taux ne serait pas suffisant pour assurer une immunité de groupe vis-à-vis de la souche virale qui circulait l’an dernier. Or le variant Delta qui a colonisé la planète depuis avril, est bien plus contagieux que ses prédécesseurs. Il présente un R0 de 6,4, ce qui signifie qu’une personne infectée en contamine en moyenne plus de six autres, en l’absence de restrictions ou de vaccination. Par comparaison, le R0 de la souche qui circulait en 2020 n’était que de 2,5.

En Israël, 60 % des personnes hospitalisées sont désormais vaccinées. Mais aucun vaccin n’étant protecteur à 100 %, dans les populations hautement vaccinées la plupart des nouveaux cas seront chez les personnes qui ont reçu le vaccin. C’est ce que l’on appelle le « paradoxe de la vaccination ».

Il faut toutefois souligner que dans le pays, le taux de personnes développant des formes sévères de la maladie est beaucoup plus élevé chez les non vaccinés que chez les vaccinés : il est deux fois plus élevé pour les moins de 60 ans non vaccinés, et neuf fois plus élevé pour les plus de 60 ans non vaccinés. Il ressort donc que les vaccins restent très efficaces contre les conséquences graves.

Une levée des restrictions trop rapide

Une chose est claire en Israël (ainsi qu’au Royaume-Uni ou aux États-Unis) : la levée des restrictions de déplacement et de port du masque après l’arrivée du variant Delta a entraîné une augmentation des cas. La couverture vaccinale, qui se situait alors aux alentours de 60 %, n’était pas suffisante pour l’empêcher.

Aux États-Unis, les États du Sud qui ont le taux de vaccination le plus bas voient également déferler les pires vagues. La majorité des personnes qui y sont hospitalisées ne sont pas vaccinées. L’Alabama, avec seulement 36 % de vaccinés complets (taux supérieur à celui de l’Australie), est submergé. Hôpitaux et unités de soins intensifs sont pleins, et le personnel de santé est en crise, avec nombre de ses agents de santé infectés et mis en quarantaine.

Cette situation nous donne un aperçu de ce à quoi Sydney serait confronté si les restrictions étaient levées sans que la population soit correctement vaccinée.

Et cela inclut les enfants. Au Texas, les unités de soins intensifs en pédiatrie sont complets et il ne reste plus de lit disponible pour les nouveaux entrants. C’est un autre avertissement : passé 12 ans, les enfants doivent être vaccinés, et ce avant que ne soient levées les restrictions.

En Australie, le taux de 70 % de vaccinés parmi la population éligible préconisé par le gouvernement fédéral pour commencer à lever les restrictions correspond à une couverture vaccinale de 56 % de la population totale (les enfants de moins de 12 ans, ne sont pas encore éligibles, ndlr).

Ce taux a été initialement choisi en se basant sur des modélisations qui envisageaient qu’une nouvelle épidémie démarrerait par une trentaine de cas. Or, le nombre de nouveaux cas quotidiens à Sydney pourrait plus probablement tourner autour du millier (en l’absence d’un changement de stratégie). Les conséquences pourraient de ce fait être bien pires que prévu.

Récapitulatif

La situation épidémique actuelle en Israël découle de plusieurs facteurs :

  • Le variant Delta est capable de contourner en partie la protection offerte par les vaccins, une protection qui, de plus, semble s’estomper un peu avec le temps, et ce même après injection des deux doses ;

  • Les restrictions ont peut-être été levées un peu prématurément ;

  • Le seuil de vaccination à atteindre pour bénéficier d’une immunité collective est plus élevé pour le variant Delta ; il devrait se situer aux alentours de 80 % de la population globale – au-dessus, donc, des 60 % actuellement atteints ̦ ;

  • Plus de 70 % des infections par le variant Delta résultent d’une transmission asymptomatique, ce qui le rend plus difficile à contrôler ̦ ;

  • Les personnes vaccinées qui se retrouvent contaminées par le variant Delta (car les vaccins ne sont pas efficaces à 100 %, ndlr) s’avèrent aussi infectieuses que les personnes non vaccinées (bien que la charge virale diminue plus rapidement chez elles).

Des raisons d’être optimistes !

Une bonne nouvelle nous arrive cependant de l’une des villes les plus vaccinées des États-Unis : à San Francisco, où plus de 70 % de la population a été vaccinée, les cas commencent à diminuer.

Cette situation est sans doute aussi en partie due à la réintroduction de certaines mesures, comme le port du masque.

En Israël, un système de laissez-passer avec preuve de vaccination ou test négatif a été réintroduit pour toute personne de plus de trois ans fréquentant des espaces publics clos. Le pays a également commencé une campagne de rappel vaccinal chez les personnes de plus de 50 ans, avec injection d’une troisième dose.

Il semblerait que cette troisième dose améliore fortement l’immunité, même chez les personnes dont le système immunitaire est défaillant. Les États-Unis vont eux-mêmes bientôt commencer à proposer cette troisième dose de rappel.

De nombreux vaccins requièrent trois doses pour garantir une protection complète, et il est encore trop tôt pour savoir quel sera le calendrier définitif dans le cas présent. Nous pourrions finir par avoir besoin de trois doses à la base, puis de rappels réguliers, ou alors de seulement deux doses, mais espacées plus efficacement.

On peut toutefois être optimiste, car le programme de vaccination n’est pas gravé dans le marbre. Si cela s’avérait nécessaire pour lutter contre le variant Delta ou un autre, les vaccins pourront être mis à jour, ce qui augmentera leur efficacité et abaissera le seuil de vaccination requis pour atteindre l’immunité collective.

Qu’en est-il des enfants ?

En plus de déclencher des épidémies de variant Delta qui paralysent les écoles, de nouvelles données montrent que les enfants de 0 à 3 ans transmettent davantage le virus aux adultes que les enfants plus âgés.

Au final, si l’on veut maîtriser complètement le SARS-CoV-2, il faudra donc vacciner les enfants, sous peine de voir l’épidémie frapper principalement les plus jeunes, avec des effets inconnus sur le long terme, ce qui pourrait avoir des conséquences sanitaires générationnelles.

Le virus de la Covid a muté pour devenir plus contagieux, plus résistant aux vaccins et plus mortel. En conséquence, on ne pourra pas envisager de « vivre avec la Covid » en toute sécurité avant qu’au moins 80 % de la population ne soit vaccinée – en tenant compte des rappels et autres mises à jour nécessaires pour s’attaquer efficacement au variant Delta.

Si nous mettons en place une stratégie de vaccination suffisamment ambitieuse, nous pouvons envisager de vivre avec la Covid comme nous le faisons avec la rougeole ; cette situation se traduirait par d’occasionnelles flambées épidémiques importées qui ne s’installeraient pas durablement.

Lever les restrictions en Australie avec seulement 60 % de la population vaccinée se traduira en revanche par une résurgence de la Covid, comme en Israël, aux États-Unis ou au Royaume-Uni. Le système de santé sera menacé et ses personnels, durement sollicités.

Pour lever les restrictions en toute sécurité, un certain nombre de mesures devront être maintenues ou mises en place, telles que le port du masque, l’aération des lieux clos accueillant du public (y compris les salles de classe), la vaccination des enfants. Il faudra également prévoir une troisième dose de rappel, à destination prioritaire des agents de santé de première ligne, afin de les protéger eux et le système de santé.

En résumé, on commence à apercevoir la lumière au bout du tunnel… Toutefois, pour l’heure, le port du masque et les autres mesures de restriction doivent rester en place. Nous devons tirer la leçon des situations observées en Israël et dans les autres pays, protéger les personnels de santé et les hôpitaux, vacciner les enfants, mettre en place des rappels, attendre les éventuelles mises à jour des vaccins destinés à répondre à l’émergence de nouveaux variants. Et mettre en œuvre une stratégie vaccinale la plus optimale possible, en garantissant un accès équitable aux vaccins, partout.





Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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