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Vaccination

L’hésitation vaccinale vue par un chercheur : il faut mieux expliquer la démarche scientifique


Au début mars, lors de mon premier article sur l’arrivée du SARS-CoV-2, la question se posait à savoir si le nouveau virus allait être responsable ou non d’une pandémie. À l’époque, la majorité des experts croyaient qu’un point de non-retour avait déjà été atteint.

Aujourd’hui, 18 mois plus tard, la réponse est claire. Nul besoin d’être un scientifique pour y répondre. Cette pandémie est la pire urgence de santé publique à portée internationale à laquelle notre société moderne a dû faire face. À ce jour, plus de 215 millions de cas ont été confirmés et 4,5 millions de décès ont été rapportés dans la quasi-totalité des pays du monde.

Il s’agit des cas rapportés. En réalité, ils sont plus élevés pour de multiples raisons : absence de capacité de diagnostic, infection sans symptômes, refus ou incapacité de se faire dépister ou de se présenter à une infrastructure de santé, etc. Le nombre de décès dus à la Covid-19 est sans doute sous-estimé, tant au Canada que dans le monde.

En plus de bouleverser quotidiennement la manière dont nous vivons, la pandémie a eu pour effet de faire connaître à la population les processus scientifiques. Les chercheurs, qui travaillaient habituellement dans l’ombre, ont dû fournir des solutions — et des explications — à une menace bien réelle, et ce, sous les yeux attentifs du public.


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L’une de ces solutions, la vaccination, est loin d’être nouvelle, mais, peu importe le contexte, elle est toujours parvenue à faire couler beaucoup d’encre. Alors où en sommes-nous ?

Toujours dans nos laboratoires ! Pour ma part, j’ai récemment complété mon doctorat en microbiologie-immunologie à l’Université Laval, des recherches que j’ai effectuées sous la direction du professeur Gary Kobigner, connu pour avoir codéveloppé un vaccin et un traitement efficaces contre le virus Ebola. Cet automne, je vais également débuter un stage postdoctoral au Galveston National Laboratory, au Texas, où je poursuivrai mes travaux sur la transmission des agents pathogènes graves, ainsi que le développement de vaccins contre ceux-ci.

Des questionnements pertinents

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) répertorie actuellement 13 vaccins disponibles, sous quatre plates-formes différentes (vaccins à ARN, vaccins à vecteurs viraux, etc.). Au niveau mondial, ce sont plus de 5 milliards de doses de vaccins qui ont été administrées. Au Canada, cinq de ces vaccins sont actuellement approuvés à des fins d’utilisation : Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca, COVISHIELD, et Janssen. Combinés, ces vaccins ont été administrés à environ 70 % de la population canadienne.

une femme administre un vaccin à une autre femme, assise, de dos
Une femme reçoit son vaccin Covid-19 au Stade olympique. Cinq vaccins ont été approuvés au Canada et environ 70 % de la population sont doublement vaccinés.
La Presse canadienne/Paul Chiasson

Cependant, plusieurs soulèvent des interrogations face à ces vaccins. Ces questionnements sont pertinents ! L’inconnu a toujours été une source d’inquiétude pour l’être humain et il est normal de s’interroger.

Alors, maintenant que les scientifiques et médecins de ce monde ont travaillé sans relâche pour développer des vaccins contre la Covid-19, que font-ils maintenant ?

Ce qu’ils ont toujours fait, c’est-à-dire la meilleure science permise par l’état des connaissances actuelles. Cette science, c’est de continuer d’évaluer ces vaccins en laboratoire contre les nouveaux variants, lorsque le virus décide de muter. C’est de continuer à noter qui a subi des effets secondaires (grave ou pas) suite à la vaccination et d’investiguer sans relâche les liens potentiels entre ces effets secondaires et le vaccin. Cette science, c’est d’étudier le virus jour et nuit afin de comprendre comment il rend malade, comment on peut l’en empêcher, et quelles sont nos options pour s’en débarrasser le plus rapidement possible.

L’expression « connaissances actuelles » est très importante ici. Il n’est pas impossible que des effets secondaires liés à la vaccination soient découverts beaucoup plus tard. Voici pourquoi.

La méthode scientifique

Lorsque les vaccins sont initialement développés en laboratoire et évalués sur des animaux, il est normal que tous les effets secondaires ne puissent être identifiés. Après tout, une souris n’est pas un humain, et les modèles ne peuvent tenir compte de toutes les variables que l’on retrouverait chez lui. Ce dernier vit dans un environnement et une société complexes, où chaque individu a une génétique, une immunité et un style de vie (exercice, tabagisme, nutrition) qui lui est propre.

Par ailleurs, plus les gens seront vaccinés, et plus les probabilités de détecter un effet secondaire grave augmentent. Les essais cliniques, où les médicaments et vaccins sont évalués chez un groupe réduit d’individus avant d’être disponibles à la population générale, sont conçus pour être sécuritaires. Les volontaires sont généralement des adultes en bonne santé, et sans comorbidités graves.

La vaccination est désormais répandue à l’échelle internationale. Il est donc normal, statistiquement parlant, que des effets plus rares (par exemple qu’une personne sur un million développe) soient observés. Ils n’avaient pas été détectés lors d’un essai clinique sur 10 000 personnes. C’est le cas actuellement avec des effets secondaires rarissimes — mais sous enquête — de syndrome de Guillain-Barré ou de paralysie de Bell.

La méthode scientifique est garante de ce phénomène : observer une problématique, émettre une hypothèse sur ses causes possibles, l’évaluer expérimentalement en contrôlant les variables, interpréter les résultats, et émettre une conclusion.

Il est également possible que notre hypothèse initiale soit erronée, et c’est tout aussi acceptable. C’est ainsi que la science a été « conçue ». Je crois qu’avant la pandémie, la population avait cette idée que la science se devait d’être infaillible. Mais l’ouverture de la recherche au grand public en a grandement modifié sa perception. D’autant plus que la science s’est rapidement retrouvée mêlée à la politique, notamment concernant l’origine de la pandémie.

Justin Trudeau est entouré de scientifiques, dans un laboratoire
Le premier ministre Justin Trudeau, à gauche, en compagnie de scientifiques lors d’une visite au Conseil national de recherches du Canada (CNRC), à Montréal, en août 2020. La méthode scientifique permet d’observer une problématique, émettre une hypothèse sur ses causes, l’évaluer expérimentalement en contrôlant les variables, interpréter les résultats et émettre une conclusion.
La Presse canadienne/Graham Hughes

Savoir communiquer

Et le problème vient de là, entre autres. La clé pour une communication scientifique efficace, ce n’est pas la science. C’est la communication. Les résultats obtenus d’expériences en laboratoire et d’essais cliniques sont ce qu’ils sont. Soit le vaccin ou le médicament permet de réduire la mortalité, soit il ne fonctionne pas et on retourne à la table à dessin.

Alors d’où vient cette réticence ? Un des principaux problèmes n’est pas le manque d’information quant à la sécurité du vaccin. Tout le monde ou presque a accès à ces informations via l’Internet. Le problème est le manque de confiance envers les institutions, qui s’aggrave depuis quelques années, et ce, partout dans le monde.

Mais cette confiance peut se gagner — ou se regagner. Il suffit d’y mettre du temps, du respect, et de l’empathie. Une étude faite par des chercheurs du Centre Hospitalier Universitaire de Sherbrooke en témoigne : une séance d’information éducative utilisant des techniques d’entrevue motivationnelles avec les parents de nourrissons au sujet de la vaccination permettait d’augmenter de 9 % le taux de vaccination comparé avec des familles n’ayant pas reçu de telles séances.

Trouver la bonne réponse à une question

Au final, le but de la science est de trouver la bonne réponse à une question.

Certes, la nature humaine étant ce qu’elle est, nous ne sommes pas à l’abri de conflits d’intérêts. On doit s’assurer de la transparence du financement, des liens entre les scientifiques et de potentiels investisseurs, etc. D’autant plus que nous sommes tous responsables du financement de la recherche, que ce soit à travers les subventions fédérales qui découlent en partie des impôts payés par les citoyens, ou bien d’un banal achat de médicaments en pharmacie.

Comme tout le monde se trouve concerné, il était grand temps que le public soit plus impliqué. Après tout, les découvertes scientifiques et les mesures sanitaires mises en place sont l’affaire de tous. Par exemple, peu de citoyens étaient au courant des études de type « gains de fonctions ». Ils peuvent comporter un niveau de risque allant de très bas à très élevée. Ainsi, la production d’un médicament par une bactérie comporte peu de risques et beaucoup d’avantages, alors que d’augmenter la virulence ou la transmissibilité d’un virus tel qu’Ebola ou l’Influenza pourrait comporter beaucoup de risques si ces recherches sont effectuées par des individus mal intentionnés, ou dans des laboratoires mal sécurisés.




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Origines du SARS-CoV-2 : le virus est-il le produit d’un « gain de fonction » ?


Comme pour tout aspect de la science, une analyse risques-bénéfice doit être effectuée. À noter que dans la grande majorité des institutions où se fait de la recherche, les comités évaluant si une étude vaut la peine d’être menée ou pas sont non seulement composés de scientifiques et d’étudiants, mais également de membres du public.

Maintenant, il suffit que chaque camp effectue son bout de chemin. Les scientifiques se doivent de mieux communiquer leurs résultats et l’interprétation s’y rattachant, en plus de répondre spécifiquement aux questions d’intérêts pour la population et d’en regagner sa confiance. Ils se doivent d’être à l’écoute et de cesser de se cacher derrière des montagnes de données, de mots compliqués et d’articles scientifiques peu accessibles au grand public.

À ceux qui ont une hésitation face à la vaccination, les scientifiques se doivent de demander : « quelles données vous feraient changer d’idée ? », « pourquoi les données actuelles vous semblent insuffisantes ? », « pourquoi est-ce que vous faites confiance à tel individu, mais pas à un autre ou aux institutions ? » C’est ainsi qu’un dialogue constructif pourra être initié et qu’une réflexion plus en profondeur pourra débuter.

De leur côté, les citoyens doivent adopter de meilleures pratiques lorsque vient le temps de s’informer et ne pas considérer seulement les informations qui s’insèrent dans leur narratif personnel. Il faut également éviter de tomber dans une spirale de théories du complot et de faux experts. Il est important de ne pas craindre de douter, de trouver d’autres sources afin de confirmer ou d’infirmer ce que l’on vient de lire, et de demander à des experts de confiance autour de soi ce qu’ils en pensent.


Vous avez une question sur les vaccins Covid-19 ? Envoyez-nous un courriel à l’adresse ca-vaccination@theconversation.com et des experts répondront à vos questions dans les prochains articles.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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