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Vaccination

Un vaccin anti-hépatite C… nécessaire ?

Un vaccin anti-hépatite C… nécessaire ?
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Hyttalo Souza/Unsplash, FAL

Un vaccin contre l’hépatite C, pour quoi faire ? Je ne compte plus les fois où j’ai entendu cette phrase. Et pourtant, c’est bien d’un vaccin dont nous aurions besoin pour combattre efficacement le virus de l’hépatite C et tenter de l’éradiquer de la planète. Il n’est qu’à examiner les faits pour s’en convaincre…

Un traitement efficace

On le sait, l’infection chronique par ce virus est associée à des maladies graves du foie qui peuvent évoluer vers une cirrhose et un cancer du foie. Or en 2013, l’introduction de médicaments extrêmement efficaces, les antiviraux à action directe (AAD), a révolutionné son traitement. Je relisais récemment le témoignage émouvant du Pr Stanislas Pol, hépatologue à Paris, qui écrivait il y a trois ans dans The Conversation son bonheur d’avoir enfin pu guérir ses patients de cette grave maladie. Et il est vrai qu’avec un traitement aussi court (12 semaines), pratiquement sans aucun effet secondaire, le virus peut maintenant être éliminé chez près de 95 % des patients chroniquement infectés.

Disons-le d’emblée, il n’est pas question dans cet article de contester cette extraordinaire réussite. Bien au contraire. Mais suite à cette formidable avancée thérapeutique, de nombreuses personnes considèrent que le virus de l’hépatite C est un agent infectieux en passe d’être vaincu, donc bientôt éradiqué. En France, un livre retraçant l’histoire de l’hépatite C a du reste été intitulé « Requiem pour un virus… » Et cette manière de voir les choses s’est répandue dans certains organismes de financement, ou auprès de décideurs, qui ne considèrent plus pertinente la mise au point d’un vaccin contre ce virus. Alors même que le problème est loin d’être réglé. Et pour cause…

70 millions de porteurs chroniques

L’éradication de ce virus se heurte d’abord au nombre très élevé de sujets infectés de manière chronique : 70 millions de personnes selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les six pays les plus concernés étant la Chine (10 millions), le Pakistan (10 millions), l’Égypte (6 millions), l’Inde (6 millions), la Russie (5 millions) et les États-Unis (4 millions). Or traiter tous ces patients avec les AAD constitue déjà un sacré défi. Qui plus est, la plupart ignorent qu’ils sont infectés, et ne peuvent donc pas être pris en charge.

L’infection par le virus de l’hépatite C ne donne en effet que peu de symptômes pendant 10, 20 ou 30 ans. Le plus souvent, il faut donc attendre ce laps de temps pour que les porteurs du virus finissent par développer des signes cliniques évocateurs d’une insuffisance de fonctionnement de leur foie. Autrement dit, sans stratégies de dépistage, il est impossible de savoir qu’ils sont malades et de les traiter.

Cellule du foie infectée par le virus de l’hépatite C. Le virus induit une accumulation des graisses (en jaune) qui finissent par envahir la cellule et l’empêcher de fonctionner normalement.
P. Roingeard, Author provided

Moyens et volonté politique

La France est de ce point de vue un pays exemplaire, et ses politiques de dépistage ont porté leurs fruits : on estime que le pourcentage de porteurs chroniques du virus ignorant leur statut a sérieusement diminué, pour atteindre environ 25 %. Reste que cette population – qui représente environ 75 000 personnes – correspond à des individus en situation précaire, hors des systèmes de soins, et elle est par conséquent particulièrement difficile à diagnostiquer. Quid des pays, nombreux, qui n’ont mis en œuvre aucun dépistage ?

Parfois, c’est l’absence de volonté politique qui en est responsable. Ou bien, comme en Géorgie, il y a la volonté de développer une politique active de dépistage, mais le pays doit faire face à des difficultés logistiques dans sa mise en œuvre, et les résultats ne sont pas toujours ceux escomptés. Autre obstacle au traitement massif par AAD : le coût des médicaments. Même s’il a considérablement baissé, il reste souvent prohibitif pour des personnes sans assurance médicale, ou avec une assurance ne couvrant pas ce type de traitement. De plus, pour des raisons financières, l’accès au traitement peut aussi mis sous conditions, et réservé à ceux chez qui l’hépatite est la plus grave.

Là encore, la France s’est montrée exemplaire, en proposant un traitement entièrement remboursé à toutes les personnes dépistées. Mais nombre de pays n’ont pas fait ce choix, même lorsque leur niveau économique le permettrait. Et d’un autre côté, si les compagnies pharmaceutiques ont consenti à proposer leurs AAD à des prix très bas pour les pays à très faibles revenus, bien souvent, comme au Pakistan, les moyens financiers ne sont néanmoins pas suffisants pour mettre en œuvre une politique de dépistage.

Près de 90 % des personnes infectées l’ignorent

In fine, au niveau mondial, et bien qu’il y ait de grandes variations d’un pays à l’autre, près de 90 % des 70 millions de porteurs chroniques du virus ignorent qu’ils sont infectés. Le virus continue donc de circuler : chaque année, d’après l’OMS, il contamine 2 millions de personnes en plus. Sa transmission est différente dans les pays pauvres et riches : elle est souvent due à un matériel médical mal stérilisé dans les premiers, et vient plutôt de l’utilisation de drogues par voie intraveineuse dans les seconds. Aux États-Unis, on estime ainsi à 40 000 le nombre de nouvelles infections annuelles. Or ce chiffre, qui n’a jamais été aussi élevé, est majoritairement le fait de jeunes drogués qui, ignorant qu’ils sont infectés par absence de symptômes et non répertoriés par les systèmes de santé, peuvent contaminer leur entourage.

De fait, quand on cherche à modéliser l’impact des traitements par les AAD sur l’évolution globale de l’épidémie d’hépatite C, force est de constater que l’épidémie ne régresse pratiquement pas. On manque de données pour certains pays. Pour d’autres comme la France, la Suisse, l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni, le Japon ou l’Australie, le nombre de patients traités excède largement le nombre de nouveau cas. Mais pour la Russie, la Chine, le Pakistan, l’Ouzbékistan, l’Azerbaijan, l’Afghanistan, la Syrie, le Kenya, le Ghana, les Émirats-Unis, les Philippines, c’est l’inverse qui se produit ! Or la mise au point d’un vaccin pourrait faire baisser le nombre de nouvelles infections et partant, nous aider à lutter l’épidémie. Et il aurait par ailleurs d’autres vertus…

Si les AAD permettent d’éliminer efficacement le virus chez un individu infecté, ils ne protègent pas, en effet, d’une possible réinfection. Plus important, on sait maintenant qu’environ 15 % des personnes chez qui le virus a été supprimé par ces traitements développent pourtant des maladies graves du foie. Et d’après certaines études, la diminution de l’incidence du cancer hépatique semble dépendre de l’état du foie quand le traitement a été amorcé. Comme le dit le proverbe, mieux vaut prévenir que guérir. Surtout si la guérison n’est pas assurée à 100 %…

Des recherches à poursuivre

Que l’on puisse se débarrasser de l’hépatite C à l’échelle individuelle, les AAD le prouvent quotidiennement. Mais de là à imaginer que l’on va éradiquer le virus, l’éliminer dans toute une population, c’est un autre challenge ! Certains pays sont certes sur la bonne voie. Mais d’autres voient au contraire l’épidémie progresser. Et il serait illusoire de penser que l’élimination du virus dans un pays donné protège sa population de tout risque, ces micro-organismes ne s’arrêtant pas aux frontières.

Dans ces conditions, il est essentiel de poursuivre les recherches sur un vaccin qui pourrait contribuer à faire reculer l’épidémie, tout en faisant tout le nécessaire pour dépister et traiter les individus infectés. Plusieurs laboratoires de recherche y travaillent dans le monde, y compris le mien : mon équipe travaille plus spécifiquement sur un vaccin bivalent, destiné à contrer les virus de l’hépatite B et de l’hépatite C. Mais pour conduire de tels projets, il faut batailler ferme. Expliquer encore et encore qu’il est pour l’heure prématuré de vouloir jouer le « requiem pour un virus ».

The Conversation

Philippe Roingeard est co-signataire d'un brevet "Fusion proteins and use thereof for preparing hepatitis C vaccines" actuellement exploité par la société ViroCoVax. Il a reçu pour son projet des financements de l'Institut Mérieux, l'ANR, l'ANRS, la Région Centre Val de Loire, La Ligue Contre le Cancer.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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