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Nutrition

Anorexie : qu’est ce que c’est ? (Partie 2)

 

Impuissance devant la nourriture, appétit incontrôlable, grignotage compulsif, fringales injustifiées, festins consommés en secret. Ou bien : jeûnes imposés, obsession des calories, vomissements provoqués…

Les personnes dépendantes à la nourriture sont obsédées par la nourriture; elles y pensent (quasi) tout le temps…

La boulimie et l’anorexie constituent deux formes opposées de dépendance à la nourriture. Les personnes qui en souffrent ont parfois des profils très différents : elles peuvent avoir énormément de poids à perdre, au point de mettre leur vie en danger, être maigres, voire squelettiques ou avoir un poids qui correspond aux normes.

Certaines sont obsédées par le poids, la taille et la forme de leur corps et les régimes amaigrissants ; d’autres  consomment diurétiques, laxatifs, pilules et autres injections de façon inadéquate ou excessive. Les comportements pathologiques incluent aussi l’excès d’exercice physique, se faire vomir après avoir mangé, mâcher de la nourriture pour la recracher ensuite…

Chez les personnes dépendantes à la nourriture, appelées parfois aussi les « outremangeurs », la nourriture est une obsession : elles y pensent tout le temps. Manger est une récompense, un réconfort, un rituel ou une punition. Même si elles réussissent sporadiquement à contrôler leurs habitudes alimentaires, elles sont incapables de cesser de manger de façon compulsive.

Voici les indices qui permettent d’évaluer si vous souffrez d’un problème de dépendance à la nourriture :

  • Vous mangez quand vous n’avez pas faim
  • Vous accordez trop de temps et de pensée à la nourriture
  • Vous avez des fringales sans raison apparente
  • Vous éprouvez un sentiment de culpabilité, des remords après avoir trop mangé
  • Vous mangez de façon raisonnable devant les autres, vous rattrapant plus tard quand vous êtes seul
  • Vous espérez avec plaisir et anticipation les moments où vous pourrez manger seul
  • Vous préméditez d’avance l’assouvissement de vos fringales secrètes
  • Votre poids affecte votre façon de vivre votre vie
  • Vous mangez pour fuir les difficultés et les ennuis
  • Vous avez suivi un régime pendant une semaine ou plus, avec pour résultat la déception de ne pas avoir atteint votre but
  • Vous éprouvez du ressentiment face aux personnes qui mettent en cause votre volonté d’arrêter de trop manger
  • Malgré l’évidence du contraire, vous affirmez que vous pouvez suivre un régime quand bon vous semble, par vous-même
  • Vous avez un grand désir de manger à des moments définis du jour et de la nuit en dehors des heures de repas
  • Un médecin vous a déjà traité pour un problème de poids
  • Votre obsession pour la nourriture vous rend ou rend les autres malheureux

D’après les Outremangeurs Anonymes, les personnes qui se reconnaissent dans trois ou plus des affirmations reprises ci-dessus ont probablement un problème de compulsion face à la nourriture ou sont susceptibles de développer ce type d’addiction.

Source : les Outremangeurs Anonymes

Alcoolisme, toxicomanie, tabagisme, boulimie, anorexie, automédication compulsive, achats compulsifs, amours fusionnelles, dépendance au sucré ou au (trop) salé… Toutes les addictions peuvent être destructrices, même celles qui paraissent anodines.

Dépendance, addiction, obsession, compulsion, pulsion irrésistible, assuétude, accoutumance, asservissement… Ces termes étaient utilisés autrefois pour décrire la toxicomanie essentiellement. Mais en réalité, nous sommes tous « accros » dans une certaine mesure, incapables de résister à certaines choses et à certaines personnes ou à refréner certains comportements dont nous savons pourtant qu’ils ont de graves conséquences.

La dépendance est une relation pathologique avec une substance, que ce soit le vin, la cigarette, les amphétamines, les médicaments, le chocolat, la « junk food » pour ne citer que celles-là, ou une activité comme le travail (accro au travail ou workaholic en anglais), le jeu, le sport (voir aussi : dysmorphophobie), le sexe, la masturbation… Certains comportements obsessionnels ou gestes répétés mécaniquement sont révélateurs d’un problème de dépendance: stockage excessif de cartouches de cigarettes de réserve, tasse de café à portée de main, télévision allumée toute la journée, prise systématique de somnifères ou d’antidépresseurs… La dépendance peut aussi être affective (relations de couple fusionnelles), mais nous n’aborderons pas ce sujet ici.

La personne dépendante recherche ces différentes « drogues » pour fuir la réalité et amortir ses émotions: elles l’aident à balayer la tristesse et les sentiments désagréables et d’éviter les conflits. Le soulagement n’est cependant que passager et la souffrance prend d’autres visages : peur du manque, honte face à l’insoutenable asservissement, comportements obsessionnels, émotions refoulées depuis longtemps parfois, exclusion, isolement… L’addiction qui dicte sa conduite et le manque de confiance en soi l’empêchent de communiquer normalement et d’établir des relations adultes et harmonieuses. Le monde « extérieur » est ressenti comme envahissant, menaçant ou dangereux.  Les « autres » peuvent, le cas échéant, être un moyen de se procurer sa drogue, sans plus, car le plaisir qu’elle lui procure est solitaire.

Boire du vin en cachette jusqu’au coma, détruire son corps par un excès d’exercice physique, se gaver d’aliments sucrés puis se faire vomir pour pouvoir recommencer… Toutes les dépendances sont destructrices, y compris celles qui paraissent les plus inoffensives. Par exemple, les désordres alimentaires tuent plus fréquemment que les overdoses: environ 10% des anorexiques meurent de leur compulsion à contrôler leur besoin de nourriture. Les régimes draconiens ou répétés, les pilules amaigrissantes et autres produits anti-kilos miracle peuvent causer des dégâts irréparables, tout comme un surpoids excessif.

Dans toute conduite compulsive il y a transgression. Celle-ci est parfois perçue par la personne dépendante comme une sorte de rituel, un sacrifice ou une quête spirituelle. Désobéir, mentir, manipuler, voler… La délinquance est présente dans beaucoup d’addictions : le vol, souvent associé à la toxicomanie, est aussi fréquemment le fait des personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire.

Le nutritionniste et thérapeute comportementaliste Jean-Philippe Zermati s’attaque aux théories souvent contradictoires à la base des régimes amaigrissants en vogue aujourd’hui. D’après lui, plus on fait de régimes, plus on grossit…

Dans un monde où les femmes et même les hommes aspirent à ressembler autant que possible aux mannequins et vedettes qui font la « une » des magazines de mode, l’obsession du « manger léger » et du « manger sain » nous plonge dans un état quasi permanent de « mauvaise conscience alimentaire ». Cela se traduit par une vigilance et une inquiétude constantes sur le contenu de notre assiette surtout pendant ou à la suite d’un régime amaigrissant. « Le mangeur moderne éprouve continuellement le sentiment de transgresser des règles alimentaires que, dans le même temps, il admet être dans l’incapacité de définir clairement », explique ce spécialiste des troubles du comportement alimentaire. Conséquence : refus de prendre ses repas avec les autres membres de la famille ou d’accepter une invitation au restaurant et parfois, troubles du comportement alimentaire plus graves comme l’anorexie. « Il s’agit de stratégies destinées à éviter la confrontation avec les aliments que l’on redoute », explique le Dr Zermati. La crainte de se trouver dans une situation où l’on ne pourra pas éviter de transgresser les règles diététiques que l’on s’était imposées peut mener à un isolement et à une désocialisation progressives.

Dans ce contexte, le surpoids peut causer une réelle souffrance. Passer devant un miroir ou surprendre le reflet de sa silhouette, monter sur une balance, se sentir serré dans ses vêtements, ne pas trouver un vêtement à sa taille dans un magasin, interpréter un regard, voir une personne obèse, lire un article dans la presse, voir une publicité … tout cela peut générer des pensées et des émotions négatives qui finissent par occuper une place centrale dans notre esprit.

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Source : Dr Jean-Philippe Zermati « Maigrir sans régime » (Odile Jacob)

 

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